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Avec Gréco, un pont ça se traverse et c’est beau !

Gréco (photo DR)

La Gréco ! (photo DR)

Le 24 janvier 2013

Venir écouter l’égérie des années d’après-Guerre, la femme véritable qui affiche haut les cœurs un âge que l’on sait éprouvant, arriver longtemps à l’avance au théâtre pour être certaine d’être au plus près d’elle, admirer le ballet silencieux et précis des techniciens dans le bleu nocturne des projecteurs, et puis et puis… écouter, recueillie, le duo instrumental piano accordéon qui installe le décor sonore, voir l’auréole de cheveux blancs de l’homme à son clavier, le si modeste Gérard Jouannest, et enfin l’apercevoir qui s‘avance du fond de la  scène, à petits pas comptés, silhouette fragile dans sa robe de velours noir, sous la poursuite qui l’habille d’un rond de lumière protectrice… Et assister soudain à un incroyable tour de magie : c’est ainsi que s’accomplit le rituel, le passage entre la réalité, ma réalité, et le spectacle vivant ! Juliette Gréco s’approche du micro et, dans un mouvement lent de ses deux mains en calice, lance au public un baiser : passerelle d’amour.

C’est la Halle aux Grains, résidence de l’Orchestre National du Capitole, qui offre sa scène ce 24 janvier, à l’une des figures historiques de la Chanson. C’était bien là et nulle part ailleurs que devait se dérouler cette rencontre préparée par l’équipe du festival Détours de Chant, le festival Chanson de la ville de Toulouse. L’écrin est à la mesure de l’instant qui devrait suffire à souligner que la chanson n’est décidément pas un art mineur.

Tout le récital durant, Juliette Gréco ne quitte pas une seconde la place qu’elle s’est donnée au centre de la scène, derrière le pied de micro, jambes jointes. Et pourtant on assiste à une véritable pantomime. Les bras habillés de manches pagodes, les mains qui viennent souvent effleurer le visage, lui faire une corole, ou bien se tendre offertes, esquisser avec volupté la caresse le long de la jambe, puis se fermer en un poing rageur, offrent  vie à chaque chanson. Et pour accompagner cette gestuelle, le visage se fait tour à tour mutin, câlin, coquin mais aussi douloureux, révolté, tragique. Avec Juliette Gréco, interprète aux mille facettes, la chanson devient tout aussi bien comédie que tragédie et rejoint l’art dramatique. Je suis comblée, et si j’en juge par les salves d’applaudissements, par les bravos hurlés, ne suis pas seule, bouleversée par un talent si affirmé.

Quant au choix des chansons, je me laisse aller au plaisir de la découverte de nouveaux textes qui lui sont offerts et qui gardent tous une force singulière à commencer par la première chanson, un texte d’Henri Gougaud  qui résume à lui  seul la portée de ce concert : « Vivre droite et désarmée… être enceinte d’une étoile / sans savoir le chiffre de mes ans… » Ou bien les Années d’autrefois qui décline si joliment le thème des ponts, ou encore ce texte de Marie Nimier qu’elle dit plus qu’elle ne le chante : « Le pont / C’est fait pour aller de l’une à l’autre / De l’autre à l’un, pas pour sombre / C’est ça la vie… » Et puis aussi ce Contre Ecclésiaste signé de Jean-Claude Carrière qui assène, comme un slogan : Rien n’est vanité ! Véritable hymne à la vie.

Mais j’ose dire que c’est avec la reprise des grands classiques, Un petit oiseau, un petit poisson, l’inoubliable Déshabillez-moi (eh oui, elle ose encore et c’est si bon !), Le Bal perdu… avec cette passerelle tendue à ses chers disparus, Gainsbourg, Ferré, et surtout Brel que je me suis sentie littéralement emportée et, souvent, je l’avoue, au bord des larmes. Sans doute tous les spectateurs de cette tournée sont-ils, tout comme je le fus, fascinés par son interprétation de l’avant dernière chanson, J’arrive de Brel, défi qu’elle lance à  la mort.  

Et c’est sur Ne me quitte pas qu’elle clôt ce rendez-vous avec nous.

Sa silhouette redevenue fragile, presque vacillante, quitte alors le plateau, encadrée par ses musiciens.  Le spectacle est terminée, je retourne à ma réalité, pas si loin, vous le savez bien, de cette chanson là.

Le site de Juliette Gréco, c’est ici ; celui de Détours de Chant, c’est là. http://www.dailymotion.com/video/xshb06

2 Réponses à Avec Gréco, un pont ça se traverse et c’est beau !

  1. Danièle 26 janvier 2013 à 9 h 40 min

    Pour vivre un peu de cette merveilleuse soirée à la Halle au grains avec l’incroyable Juliette, il suffit de passer le pont . Merci Claude Fèvre d’en être la passeuse .

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  2. Cat 27 janvier 2013 à 18 h 43 min

    Souvenir d’un soir d’hiver, il y a bien une vingtaine d’années… à Hyères, il faisait un froid glacial sous le chapiteau pourtant annoncé comme « chauffé » ! Une cinquantaine de spectateurs essayait d’empêcher le claquement des dents de couvrir le son du piano… Elle est arrivée, fragile et immense à la fois, dans sa petite robe noire. Après quelques chansons et des frissons qu’elle n’arrivait pas à réprimer, une spectatrice lui a tendu un grand châle noir dont elle s’est drapée. Le récital est allé jusqu’au bout. Les applaudissements réchauffaient les mains, et les chansons réchauffaient le cœur ! La même gestuelle dépouillée, déjà… Et puis, à la fin, à un spectateur qui réclamait à grands cris : « Déshabillez-moi ! », la réponse, dans un grand éclat de rire : « Ah, non ! Vraiment pas ce soir ! » ;-)

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