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Leprest, voyage au bout de sa vie

Tableau d’Allain Leprest

On a le droit d’être bouleversé…

L’hiver s’installe, arbres dénudés terre gelée. Il y a presque dix-huit mois, en plein été, un jour férié, jour d’indifférence, de grand farniente, l’Allain s’est pendu à Antraigues. De fatigue et d’amour. Même les pétanqueurs ont les boules depuis lors. Il est désormais chez lui, en terre d’Ivry, il doit se cailler la nuit. Je suppose qu’on y arrose les fleurs une fois par semaine.

Et ce coffret qui nous arrive dans lequel il est là, déjà las. Assis (comme dans ce concert de mars 2011) et paradoxalement debout, avec la voix qu’on lui sait, qui caresse les souvenirs et dompte les sentiments. Bilou, Nu, Saint-Max… Les images de ce dévédé sont magnifiques qui nous le restituent tout entier, jusque dans sa respiration. Cet homme, ce chanteur, seul sur sa chaise au milieu de la scène… Est-ce ainsi que les chanteurs vivent ?

Dire que ce coffret est beau ne veux rien dire. Il l’est mais plus encore. Il est précieux, comme des cailloux au fond d’une rivière, des p’tits trucs de rien entassés dans une boite de secrets, comme un tissu jadis imbibé de larmes, comme une émotion qui nous revient, gronde et grossit et déferle, vous submerge.

Il y a ces chansons rassemblées. Ces images à ce jour inédites : deux dvd c’est pas rien, ce live de 2011 donc et cet hommage posthume organisé en mai dernier par la Sacem. Et ce livre, Voyage au bout de la vie, qui sent fort l’encre d’imprimerie, qui nous livre un autre Leprest, plus intime mais tout aussi artiste : le peintre Leprest.

« Connait-on encore Leprest ? » questionne Didier Pascalis, le producteur et ami d’Allain. Oui et c’est maintenant qu’il est dans le trou, au plus près des vers qu’il affectionne tant, qu’il va devenir plus grand encore. Que, toujours, des chanteurs l’inscriront un peu beaucoup à leur répertoire. Qu’un jour on l’étudiera dans les doctes livres des collèges, des lycées, des universités. Qu’avec une régularité de métronome, on découvrira de nouveaux inédits de lui : des croquis, des écrits, des trucs de peinturlure, de quoi prolonger l’histoire et rendre caduques toutes les biographies qu’on lui consacrera, toutes les thèses, les antithèses. Oui, Didier, on a connu Leprest, on le connaît encore, on le (re)connaîtra.

Après le Symphonique d’il y a un an, après ce coffret, il ne manquera plus qu’un livre, un de poche à pas cher, qui regrouperait (vaste travail) toutes les chansons de Leprest, celles qu’il s’est tricoté pour lui, celle qu’il a couturé pour d’autres. Mais Meys… Ce livre n’existera jamais. Y’a au moins un producteur qui s’accroche à son bien comme la petite vérole sur le bas clergé et empêche et empêchera une telle édition. C’est con mais les vers aussi s’en occuperont.

 

Connait-on encore Leprest ? Coffret, 2012, Tacet/L’Autre distribution.

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15 Réponses à Leprest, voyage au bout de sa vie

  1. juliette 6 décembre 2012 à 7 h 13 min

    merci Michel pour cet hommage .et de nous tenir au courant d’evenements semblables ..oui evenements…que dans la furie des achats de fete ,on risquait de ne pas voir …

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  2. Guyom Touseul 6 décembre 2012 à 7 h 14 min

    Didier Pascalis, le producteur et ami de Leprest, pas Didier Leprest ;-)

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  3. Cottard 6 décembre 2012 à 8 h 13 min

    Un coffret magnifique…
    (L’ami d’Allain et producteur ce ne serait pas Didier Pascalis et pas Didier Leprest?)

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  4. Norbert Gabriel 6 décembre 2012 à 9 h 17 min

    «  »« Connait-on encore Leprest ? » questionne Didier Leprest, »"

    ou Didier Pascalis ???

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  5. Chantal Bou-Hanna 6 décembre 2012 à 9 h 29 min

    Michel, tu nous fais un sacré beau lapsus : Didier Leprest…ce doit être à mettre sur le compte de l’émotion. Rends à Pascalis ce qui lui revient !

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  6. Norbert Gabriel 6 décembre 2012 à 9 h 48 min

    et moi qui croyais avec une grande naîveté que les textes de chansons d’un auteur étaient disponibles à tous ceux qui oeuvrent avec bonne volonté à la mise à la disposition du public de ses écrits, (moyennant juste reconnaissance des ayants-droits…)
    Il y a une chanson de Ferrat qui me revient en mémoire, « Quand on n’interdira plus mes chansons » j’ai comme l’impression qu’il avait oublié un couplet… Ferré aussi avait eu quelques lignes vitriolées envers Vison l’éditeur… Je ne sais plus à qui il pensait exactement…

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  7. Danièle 6 décembre 2012 à 10 h 20 min

     » Submergée d’émotion », oui, depuis que j’ai mis le nez dans ce coffret, je le suis …Allain nous a laissé un héritage bouleversant et inoubliable .

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  8. Michel Kemper 6 décembre 2012 à 10 h 49 min

    Oui Guyom, Cottard, Norbert et Chantal, je me suis gouré mais, comme vous, nos lecteurs ont corrigé d’eux-mêmes : il s’agit bien de Didier Pascalis. Mes excuses.

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  9. Elsa 6 décembre 2012 à 12 h 47 min

    Un précieux coffret que je m’offrirai surement pour Noël …

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  10. SOYERE Lucien 6 décembre 2012 à 14 h 44 min

    Je ne connais pas (encore) le coffret dont il est question plus haut mais ça ne saurai tarder …
    J’ai eu la chance (tardive certes) d’écouter Leprest sur scène, c’était en août 2010, un an avant sa mort, au festival de Fay sur Lignon. Ce jour là il a été filmé (bien filmé, merci Sébastien Fanget), les vidéos (11) sont visibles ici
    http://www.festivalsurlignon.org/media-AllainLeprest.html
    Un bien bel hommage aussi

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  11. Denis 6 décembre 2012 à 17 h 49 min

    Effectivement un très beau coffret. Un regret : le DVD « Concert Sacem » est amputé des interprétations de Clarika (Les tilleuls) et de Nilda Fernandez (Donne moi de mes nouvelles).

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  12. Thivet 8 décembre 2012 à 0 h 21 min

    Good bye Monsieur Leprest

    La lune éteint son p’tit lampion
    Trois petits tours et puis s’en vont
    Plus de Pierrot, plus de soucoupe
    Le cosmonaut’ fait son plongeon
    Comme un cheveu noir sur la soupe

    L’été nous donne un foutu scoop
    Et ce 15 août est bien funeste
    Good bye Monsieur Leprest

    Ses deux « L » plantées dans le dos
    L’artiste a tiré le rideau
    Plus de chansons à bricoler
    La poésie aura bon dos
    Son oiseau rar’ s’est envolé

    Quelques mots pour se consoler
    Comme on lâch’rait un peu de lest
    Good bye Monsieur Leprest

    A plus d’un tour dans votre manche
    S’il fallait que le cœur s’épanche
    Vos mains ont eu le dernier mot
    Lundi s’habillait en dimanche
    Et j’ai chialé comme un marmot

    Mozart a fermé son piano
    En voilà une triste sieste
    Good bye Monsieur Leprest

    Et si les cœurs trop généreux
    A tant vouloir se mettre en deux
    Vont jusqu’à se donner la mort
    Plus de malic’ dans votre œil bleu
    Qu’un point final dans le décor

    Le poète n’a pas toujours tort
    Mais la vie retourne sa veste
    Good bye Monsieur Leprest

    Qu’on vous donne de vos nouvelles
    Mais le forçat s’est fait la belle
    Aux maillons de nos chaîne(s) hifi
    Et un coco dans l’eau du ciel
    Nous fait un drôl’ de rififi

    L’été pleut sous nos parapluies
    Les yeux c’est tout ce qu’il nous reste
    Good bye Monsieur Leprest

    L’été pleut sous nos parapluies
    Les yeux c’est tout ce qu’il nous reste
    Good bye Monsieur Leprest

    Philippe Thivet

    Répondre
    • Norbert Gabriel 8 décembre 2012 à 11 h 41 min

      ce très beau texte me rappelle qu’il y a eu un Prix Leprest, à Ménilmontant dont le recueil annoncé n’est jamais paru. Si quelqu’un a des infos sur ce ratage ..

      Répondre
  13. Ambroise 8 décembre 2012 à 17 h 52 min

    Philippe, c’est sûr, il a abusé du Leprest, complètement imbibé.
    On est jaloux un peu… mais c’est joli, merci !

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  14. Dblocnote 31 décembre 2012 à 13 h 12 min

    le père Noël m’a fait parvenir le coffret CD DVD « connaît-on encore Leprest ? ». Si j’étais chargé d’une critique musicale, j’aurais pointé les menus sans fantaisie des DVD (on fait mieux avec mon graveur de DVD, même pas une image de fond) et encore plus les fautes d’orthographe dans les titres de ce menu comme « j’étais un gamain laid » «arrise les fleurs» ou « d’Osaka à Tokoy » , j’aurais peut être trouvé minimaliste la captation du concert hommage de la SACEM qui vaut à mes yeux et surtout à mes oreilles pour l’interprétation de SDF de Sansévérino. J’aurais sans doute fait la liste des titres que j’aurais voulu avoir, ou un documentaire qui devait venir et qu’on attend toujours, mais l’essentiel n’est pas là :

    C’était la dernière fois que j’ai vu Allain chanter, le plaisir de le retrouver et de retrouver ces moments, revoir son regard bleu d’enfant se perdre dans les cintres ou esquisser un sourire malicieux. Le plaisir de cette soirée partagée, des émotions du concert à l’après, quand bien que très fatigué, il prenait le temps de rencontrer son public, de dédicacer ses disques en draguant les jolies filles, en demandant aux copains s’il était bien et si ce n’était pas trop gênant qu’il soit assis tout le concert, cette attention aux autres, sa difficulté à partir et à se quitter, à se dire au revoir alors qu’il est parti sans nous dire adieu.

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