Marianne Faithfull « Complainte de la Seine »
Au fond de la Seine
Il y a de l’or
Des bateaux rouillés
Des bijoux, des armes
Au fond de la Seine
Il y a des morts
Au fond de la Seine
Il y a des larmes
Marianne Faithfull (29 décembre 1946 – 30 janvier 2025)
Paroles Maurice Magre, Musique Kurt Weill. Extrait de l’album « 20th century blues », 1995
Enregistré au New Morning à Paris en 1995, avec Paul Trueblood au piano.
Deux mois après la mort de Marianne Faithfull, hommage à la chanteuse britannique avec ce titre La Complainte de la Seine, née à Toulouse et devenue internationale.
L’égérie de Mick Jagger, des Rolling Stones, et de tant d’autres, a repris, en français dans le texte, ce poème de l’écrivain et poète toulousain Maurice Magre (1), mis en musique par Kurt Weill, lors de la période française de l’auteur de l’Opéra de quat’sous. Le complice de Bertolt Brecht vécut en effet à Paris de 1933 à 1935, fuyant l’Allemagne nazie avant de gagner l’Amérique, comme le rappelle la revue toulousaine L’Auta (2).
Le musicien, révolutionnaire par l’alliance qu’il réussit à réaliser entre classique, jazz américain et chanson populaire, a en fait mis en musique deux textes de l’auteur du Sang de Toulouse, qu’il n’a probablement jamais rencontré durant son séjour en France mais avec qui il aurait échangé par courrier. Le compositeur allemand écrivit en 1934 les musiques de deux chansons destinées à l’interprète française Lys Gauty, sur des textes de Maurice Magre : Complainte de la Seine et Je ne t’aime pas. Cette dernière « song », comme Weill appelait ses lieder, avait initialement pour titre À une amie. La Complainte de la Seine tranche avec les airs habituels célébrant le fleuve parisien comme le cours d’eau reflétant les amours et la gaieté parisienne, pour rejoindre le registre dramatique. La voix grave de Marianne Faithfull s’accorde bien avec cette description d’un Paris plus social et moins gai, d’un fleuve plus nostalgique, révélant des secrets tragiques.
Curieux voyage pour ce poème écrit par un Toulousain, mis en musique par un Allemand qui a voyagé à travers le monde et même traversé l’Atlantique au gré de ses nombreuses interprétations : Lys Gauty, Lotte Lenya, Teresa Stratas, Brigitte Fasbaender, Ute Lemper et, donc, Marianne Faithfull.
1-Dans le recueil La robe arrachée
2-L’Auta, revue de l’association des Toulousains de Toulouse. N°164-Avril 2025
Par Philippe Emery
Commentaires récents