Alcaz, l’amour virtuose

Alcaz (photo non créditée)
« On a joué les mêmes croches / Sur la portée de nos deux vies… »
Tout nouvel album procède d’un équilibre parfois périlleux. Ne pas froisser son auditoire, ses fidèles, par trop d’audace. Et pourtant ne pas se répéter, ne pas refaire presque à l’identique l’album précédent. C’est plus difficile encore quand l’artiste est un duo, un couple. Nous ne parlons pas ici de ces Stone et Charden pour qui il fallait toujours faire pareil, appliquer ad nauseam les mêmes recettes, ne jamais toucher au prix des allumettes (notons que ce n’est qu’au déclin-divorce du couple que le prix a flambé).
On aime, souvent on adore Jean-Yves Liévaux et Viviane Cayol, nos fameux Alcaz, déjà vingt-quatre ans d’amour et de chansons. Mais, mis à part sans doute le titre qui les a fait connaître, La Vie va, on leur demande de toujours avancer, sans cesse nous proposer autre chose, d’aller résolument dans l’audace sans toutefois tout à fait contrarier ce qu’on a aimé précédemment. L’équation est difficile. Convenons que, pour ce nouvel album (le septième), nos deux amis ont bien travaillé. Chaque titre est une construction fragile et novatrice, avec toujours des trouvailles sonores, des raffinements. C’est sur la musique qu’Alcaz fait la différence : chaque titre est en lui-même un travail d’orfèvre : country, blues, flamenco… les instruments chauffent comme jamais. Le duo s’offre huit autres musiciens en plus de leurs propres instruments dont, comme sur le précédent opus, Théo Grozdanic (guitares et programmations), Lucas Mannarino (guitares, basses, programmations et percussions) et Robin Dussauchoy (violons et arrangements cordes). Parmi les autres musicos, notre ami et québécois Steve Normandin sur son piano à bretelles.
C’est dire si les paroles dont l’inspiration est essentiellement nourrie de leur amour (ne chante-ils pas que « les jours heureux ont la vie dure » !) sont tourneboulées, transfigurées par la musique. Ça nous donne même des paroles quasi insensées telles que « Quand tu me culbutines je suis hyperturbée / Dans ton miel enrobée je sens je m’agglutine » : faut être fou (d’amour) pour écrire ça. Ça, c’est de Viviane car, comme d’hab’, les deux se partagent à presque parité les paroles et musiques, même si s’insinuent sur l’album un texte bilingue d’Éric Barre (français et corse) et un poème de Raoul Locatelli.
A l’écoute on sent – c’est palpable, vraiment – les bonheurs additionnés : celui d’être ensemble, amoureux ; celui de créer à leur manière des petits bijoux et de nous les offrir. « On a joué les mêmes croches / Sur la portée de nos deux vies / Si personne ne nous décroche / Ne vient troubler la symphonie [...] Alors nos rires en trémolos / Auront la couleur des oiseaux / Petite musique de nuit ». Mélodie du bonheur prétexte à quatorze perles de chansons qui forment un superbe collier de sens et de sons.
Alcaz, Le Miel des Anges, Transformances Prod 2025. Le site d’Alcaz, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.
Pas encore de vidéo sur ce nouvel album, c’est dommage. Par défaut, « Les Petites choses », un enregistrement tiré du passé :
Commentaires récents