Sabir, volapük et grommelot, quel Boucan !

Boucan Photo ©Ariane Ruebrecht
« Hé t’as vu Piero, on continue… ». Une simple petite phrase dans la pochette intérieure du CD, mais une belle émotion pour le lecteur. Un bonjour amical des deux survivants du trio, Mathias Imbert le contrebassiste et Brunoï Zarn le guitariste, à leur complice trop tôt disparu, Piero Pepin le trompettiste.
Car oui, Boucan, le groupe hors-normes le plus original de la scène française, il continue ! Et même plutôt bien. Du feu de Dieu ! Pour ce troisième album, il a retrouvé John Parish, déjà réalisateur de leur magnifique premier disque, Déborder. L’équipe est rodée et a donc pu enregistrer très vite ce nouvel opus, dans une ambiance d’urgence et d’improvisation qui lui sied à merveille.
Bien sûr, autant le dire illico, les amateurs de textes finement ciselés et délicatement écrits sont invités à passer leur chemin. L’album comporte en effet 9 chansons et 8 d’entre elles ont des paroles écrites dans une langue imaginaire, portant le doux nom de Kissos Milaou, Lochten bow ou Bogolo… Quant au 9e morceau, il est en néerlandais (interprété par G.W.Sok, chanteur du groupe hollandais The Ex), ce qui ne vaut guère mieux aux oreilles des auditeurs de l’Hexagone. Notez pourtant que le long texte de cette chanson, intitulée Gedoe met geluid, bénéficie dans le livret d’une traduction… en anglais. Boucan est résolument un groupe cosmopolite avant d’être une formation française.
Mais qu’importe le sens des paroles, seuls comptent l’émotion transmise, l’énergie répandue, l’imaginaire engendré. Et là, le groupe remplit parfaitement son contrat. Car ce Ballad of John Kairos – tel est le titre de l’album, mais n’espérez pas non plus y trouver un sens littéral – est une véritable bombe. On y trouve un peu de tout, mais que du bon ! Du rock bastringue, du folk nerveux, du blues profond, des relents de musique balkanique, une bonne dose de punk… Le duo se taille la part du lion à coups de banjo, percussions et contrebasse, mais s’est adjoint les services de Bastien Pelenc au violon et piano, pour notre plus grand bonheur. Les trois réunis, sous la houlette experte de John Parish, nous livrent un album des plus réjouissants, débordant de vitalité, galvanisant en diable. Débarrassés de la contrainte du sens, les chants se mêlent intimement au son, et la voix devient un pur instrument de musique. Comme ces paroles imaginaires se révèlent ô combien sonnantes et trébuchantes, c’est dans un tourbillon de rythmes que vous serez entraînés. Un chaos brillamment maîtrisé, qui vous met littéralement en transe et vous emmène au loin.
Boucan est probablement le groupe de rock-folk le plus créatif et innovant du paysage français. Il est d’ailleurs parlant de voir que plusieurs de leurs concerts annoncés dans les prochains mois auront lieu en Allemagne, preuve s’il en est que leur musique ne connaît pas de frontières. N’hésitez pas à prendre leur train en marche, il vous emportera vers des contrées inattendues. Vous n’en reviendrez pas !
Boucan, Ballad of John Kairos, Popatex/Inouïe Distribution, 2025.Le site de Boucan, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit du groupe, c’est là. Boucan est en concert au Jam de Montpellier le 5 avril 2025, avec Lior Show en première partie.
« Kissos Milaou » clip
« Lochten Bow » session
« He ho », animation
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