A Travers Chants 2025. Agnès Jaoui, entrez, le soleil est bien là

Agnès Jaoui à travers chants… (photos Marc Schaefer)
22 mars 2025, festival A travers Chants Saint-Saulve,
On pense d’abord à l’actrice, scénariste et réalisatrice au cinéma, mais Agnès Jaoui chante aussi depuis vingt ans. Et « ce n’est pas parce que ce n’est pas médiatisé que cela n’existe pas ». Si elle se cache derrière l’espagnol ou le portugais pour nous chanter boléros, tangos et bossa nova, elle en traduit parfois le contenu, les rendant tout aussi lumineux dans notre langue. Ce soir, c’est bien la femme de conviction Agnès Jaoui qui partage son dernier opus sortit il y a peu, Attendre que le soleil revienne, telle une conteuse qui irradie de son talent. Ambiance latino andalouse par ce programme concocté avec ses musiciens Roberto González Hurtado et Fernando Fiszbein (guitares et chants)et le violoncelliste Olivier Koundouno. Ce sont eux qui ouvrent le bal avant qu’elle ne se lance avec Aragon, un titre qui fait écho avec l’actuelle ambiance du monde fait de catastrophes et de guerres : « L’homme court en tout sens et les lampes s’éteignent / Son manteau se rabat sur sa face de sang. » Ce n’est pas que le quatuor ait décidé d’emblée de plomber l’ambiance, mais il fallait que ce soit dit, chanté. Une chanson chasse l’autre et nous sommes aux regrets de Quitter Paris, comme au temps de ce confinement qu’elle évoque : « T’abandonner m’a tant tentée / Tu es si fier, sous tes grands airs / N’aurais-tu plus rien à donner ? / Dis, est-ce que j’emmènerais mes nuages / Si j’allais vers d’autres rivages. »
La mélodie du bonheur parisien l’amène à danser, comme dans ses films. J’ai l’impression d’entrer à mon tour dans le Comme un avion de Bruno Podalydès. Impression renforcée avec ce premier boléro, Lo Dudo, tiré de son Canta d’il y a presque vingt ans. Elle invite le public à chanter pour ce temps où il y a « tant d’amour à donner ». Les choristes d’un soir commencent à perdre la raison, à vouloir changer de scénario et faire couler La Seine à Rio…
Exaltation de l’amour avec une « petite valse » traduction française deValsinha de Chico Buarque : « tant de caresses et de baisers partagés que le monde approuva et le jour se leva en paix ». Autre chanson de Buarque : Mar e Lua ou Mer et Lune que l’on rejoint à l’aide d’un bâton de pluie pour commencer à sentir les vagues de ce bord de mer…
En cette journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, Agnès Jaoui revendique ce qu’elle ne pensait pas devoir faire un jour : qu’elle est juive, israélienne, palestinienne, cubaine, tunisienne et parisienne. Et de chanter ce presque hymne : « Je suis d’ici et de nulle part / Je n’ai pas vécu le départ / Ces histoires que le bateau emporte / Malgré moi tout mon corps les porte. »
Les chansons se succèdent. C’est avec beaucoup d’humour qu’Agnès Jaoui nous explique les paroles de la prochaine où il est question des amours fantômes et non fantasmés comme pourrait le laisser penser le faux ami qu’est le titre Amor Fantasma.
Celle qui suit, en judéo-espagnol, est d’une grande tristesse. Telle la prière d’une femme qui va mal et demande à Dieu de tuer cet amour qui la détruit, la bénir et la sauver pour marcher sur le chemin de ce monde : « Le prince n’existe pas / Mais si tu en croises un / N’attends pas que ce soit lui / Qui décide de ton destin. »
Étonnant rappel de fin par ce Viens à la maison de feu Cloclo, qui accompagnait il y a sept ans le générique de son film Place publique. Puis Todo Cambia qui nous rappelle que « tout change même le plus fin des diamants qui perd de son éclat ». Et Agnès de rappeler que « ce qui ne change pas / c’est l’amour pour son peuple qui souffre » : des vers qui ne peuvent que résonner dans la fureur de ce monde. Le final sera par contre joyeux, la chanteuse invitant le public « à bouger et danser ! Libérons nos corps et ne craignons pas le regard des autres. On s’en fout ! » Jolie leçon, beaux élans.
Le wikipédia d’Agnès Jaoui, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. A noter les concerts d’Agnès Jaoui les 28 et 29 mars 2025 au Théâtre de la Concorde à Paris.
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