Renaud, le refuge au pays de l’enfance
Un nouvel album de Renaud, c’est un évènement qui ne laisse personne indifférent. Quand on aime la chanson, l’artiste et son œuvre, on a tous un avis sur la question. Peu d’artistes ont tissé autant de liens affectifs et passionnés avec le public. Nul doute que les passions vont encore se déchaîner. On sent déjà poindre les critiques acerbes ou l’extase des fans inconditionnels… Et si tout simplement on se réjouissait de son retour à l’écriture, à la création. D’ailleurs la meilleure entrée pour cet album c’est de lire les textes, se rappeler qu’on a toujours dix ans, reprendre son sac de billes et dans un second temps passer à l’écoute.
Alors oui on le sait Renaud est cabossé. Sa voix est toute « pourrite », il le reconnaît lui même, mais est ce vraiment important ? Le Renaud d’aujourd’hui n’est plus ce jeune homme fougueux qui a suscité la passion et inspiré l’engagement de toute une génération. Nous avons grandi, il a vieilli (ou le contraire…) mais finalement rien n’a vraiment changé sur le fond. Avec ce disque autour des minots, Renaud revient dans notre monde, et bien plus qu’avec l’album précédent. Quelle immense joie de savoir l’artiste, pour de bon, toujours vivant et concerné !
En filigrane, il aborde l’environnement, l’écologie, le dérèglement climatique, la cause animale (J’aime rien), la folie des violences de l’actualité (Y z’ont mis l’feu à l’école), les addictions (On va pas s’laisser pourrir). Renaud s’adresse aux marmots en grand frère, sans les prendre pour des crétins, jouant même de la transgression, grivois dans Pinpon ou en utilisant les gros mots qu’ils adorent.
Dans cet album dédié aux marmots de tous les âges, Renaud nous emmène finalement au plus intime de ce qui l’anime depuis toujours, l’univers de l’enfance, les cours de récré, les bonbecs, les monstres fantasmés. Il nous offre un peu du paradis perdu de ce petit gamin espiègle que l’on imagine sur une photo de Doisneau. Il fait vivre son âme d’enfant qu’il n’a jamais vraiment perdu, peut être en mémoire des copains des anciens terrains vagues de la porte d’Orléans, mais aussi des vacances familiales estivales au milieu des collines cévenoles de Vialas, ambiance cabanes et Club des 5.
Si son immense talent depuis toujours est de dépeindre en quelques vers ciselés une petite fresque sociale d‘une justesse incroyable, n’oublions pas que c’est l’enfance qui aura fait naître une grande partie de ses chefs d’œuvres, Mistral gagnant, Pierrot, En cloque, Le sirop de la rue, Les dimanches à la con… Il offre d’ailleurs, dans ce nouvel opus, une suite très touchante à Morgane toi avec le titre Lolita. Pour les illustrations de l’album, le choix du dessinateur Zep s’imposait tout naturellement. On connaît l’amour de Renaud pour la BD, alors quand on sait que le papa de Titeuf est aussi un grand admirateur de Renaud la rencontre ne pouvait qu’être vertueuse. Sa croustillante version du Radeau de La Méduse en couverture de l’album comme la réalisation du clip Les animals sont vraiment des réussites, même si l’on peut regretter le choix de cette chanson comme single, loin d’être la meilleure de l’album.
On sait Renaud mélancolique, nostalgique de l’enfance. La fuite du temps le mine. Sans doute est ce la faiblesse des ces grands artistes intensément humains et sensibles. Mais peut être aussi est ce le rôle de l’artiste de nous ramener à l’essentiel, aux vraies valeurs simples qui devraient diriger ce monde devenu fou. Alors retrouvons nos dix ans, fuyons un peu la folie des adultes, mangeons une pomme d’amour et tirons sur la queue du Mickey.
« Mon paradis perdu c’est mon enfance
Qui était douce comme le miel quelquefois
Auprès de mes frères et mes sœurs quand, en silence
Nous écoutions les belles histoires de mon gentil Papa ».
Renaud, Les mômes et les enfants d’abord, Parlophone/Warner 2019. Le site de Renaud, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.
Profitons de cette sortie un rien bien médiatique pour mettre un peu en lumière les celles et ceux-ce qui bossent depuis des lustres auprès de ce public jeune… Public jeune, donc, qui n’a pas d’âge pour autant que l’enfance reste le terreau des futurs viocs, qui n’a pas d’âge et qui demande une exigence folle dans la conduite des spectacles pour peu que l’on ne souhaite pas flatter les plus veules bassesses infan-fertiles ! Je bosse depuis 30 ans avec l’énergie des débutants. Moi, il me faut 2 ans pour monter un nouveau projet jeunesse !!! Alors quand j’entends qu’en 8 jours c’est plié, je cris au génie ou à l’arnaque. Vous bise les mômes, arthrose ou pas. PETREK
Alors moi archi fan de Renaud… Son album me fait mal… Comme un peu quand je suis allée à son dernier zénith à Paris… Heureusement que son public était là… Et j’en étais… Mais que j’ai mal de le voir ainsi…
Pourtant je l’aime malgré tout…
Toujours beaucoup d’admiration pour Renaud mais je suis tellement d’accord avec toi Michel… On n’écrit pas 2 chansons par jour ou alors on se fait à l’idée qu’elle seront moyennes… La voix on s’en fout, mais les chansons, merde…. Après le nouvel album, j’ai réécouté une grande partie des anciens albums ce WE… ouf, ça fait du bien…
La voix, on s’en fout… Faut quand même atteindre le minimum syndical, non ? Et Renaud est loin du compte. Je ne suis pas accro aux « belles voix », mais il m’est impossible de l’écouter sans grincer des oreilles.
Fan depuis 1977, ben oui, ça nous rajeuni pas, mais très déçu par l’album de 2016, je retrouve mon Renaud dans celui ci même si la voix ne s’améliore pas. L’humour est de retour pour nous parler de la décadence du monde. Merci Vincent pour cet article.
Très bon article ! Je suis plutôt de ton côté Vincent… même si je rejoins Michel sur certains points. Chouette idée cette vision croisée !
Etant, pour les besoins d’un spectacle que je joue régulièrement (mais pas ici pour me faire de la pub, si j’en parle c’est seulement à titre de témoignage) plongé dans le Renaud des années 70 (et jusqu’au début des années 80) il est vrai que, tout comme Eric, je préfère largement les « anciens » (voire très anciens) albums. Quelle richesse d’écriture, quelle imagination, quel sens de l’observation, quelle galerie de portraits ! c’était assez unique à l’époque dans la chanson française. « Boucan d’enfer » en 2001 (l’album de la soi-disant résurrection) avait tout de même été pour moi une belle surprise avec de petits bijoux comme « Baltique », « Mon nain d’jardin » ou « l’entarté » … « Rouge sang », je ne l’ai pas trouvé terrible. l’album sorti un peu plus tard avec les adaptations de standards Irlandais m’avait encore plus déçu… Molly Malone vendant du lilas et des roses… quelle étrange idée… Et le chant était catastrophique. Les deux derniers albums « originaux » (« toujours debout » et donc celui dont il est question aujourd’hui), je ne les ai pas acheté et ne les achèterai sûrement pas… pas envie de me faire du mal. J’ai beaucoup de tendresse pour Renaud dont les chansons des débuts m’ont – vraiment- aidé à vivre et je ne tiens pas à faire son procès… quand j’aime une fois j’aime pour toujours. Je suis heureux qu’il chante, qu’il « aille » mieux, à priori… Mais je ne m’intéresse plus à ce qu’il fait, tant le décalage est important entre ses albums actuels et les anciens.
j’avoue avoir eu un jugement un peu tristounet à la sortie du single « Les Animals » (je n’avais vu que le clip et pas encore entendu la chanson en radio donc …ans les images) . Depuis, on l’entend souvent sur les ondes et j’ai pu écouter attentivement et j’ai apprécié davantage malgré la voix abîmée comme on le sait . Et samedi , j’ai acheté l’album (je n’avais plus acheté de disques de Renaud depuis 2006 !!) et je dois avouer que, sans être un grand disque, c’est assez agréable
D’accord avec Michel. Concernant les gloires d’hier, tout a été dit par Kent – toujours au top de la qualité actuellement – dans « Ma Vie C’Est Du Cinéma », chanson des années 80 : « Je préfère me souvenir que de devoir supporter… »
Renaud a certes le droit de chanter, comme tout le monde. Et il a une place dans nos coeurs. Mais de là à cautionner toute la réclame des grands media… La mémoire de ses oeuvres et jolis traits d’hier mérite mieux. Est-il à ce point captif de la maison de disques ?
Tant mieux pour ceux qui ont la grâce et le talent de parvenir en un tournemain à écrire trois bonnes chansons par jour. Mais comme dit l’autre, rien n’est jamais acquis à l’homme ni sa force, ni…
Pour ma part, un petit bijou ce nouvel album ! Dans ce monde brutes qui croit tout maîtriser et au final, ne maîtrise rien, ce retour à l’innocence ne fait pas de mal ! Cet album s’adresse à tous ceux qui sont restés de grands gamins. (C’est sûr que les autres auront du mal à comprendre…) En tout cas, moi, je l’entends son cœur de gosse derrière cette voix qui revient de loin ! Et je trouve qu’il est resté entier et fidèle à lui-même. Tant mieux si Renaud a écrit cet album en un temps record… (Parce que si en plus il faut respecter un timing pour écrire, où va-t-on ?) Tout ça n’est pas très important. Ce qui compte, c’est que Renaud écrive, parce que c’est ce qui le fait vivre ! Vraiment pas envie de juger ou de faire des comparaisons… Juste envie d’écouter Renaud.
« Dans ton nom y a un « A » et tu m’ demandes pourquoi
C’est toi ce petit tas d’amour blotti tout contre moi
Ce petit tas de bois qui réchauffe mon toit
Pour toi ma Lolita je serai toujours là »
Si le talent d’écriture est toujours bien là, il serait bon qu’il le mette à profit d’autres ! Fan depuis toujours, j’ai la larme à l’oeil quand je l’écoute massacrer ses propres textes !
En partant du postulat simple… Renaud ne refera plus jamais de chansons comme avant boucan d’enfer (boucan d’enfer compris) on peut facilement dire que cet album est une très belle surprise 100 fois au dessus du précédent dans le texte, la sincérité et la voix, cette voix usée jusqu’à la corde mais vraie malgré un manque d’effort du Renard feignant sur certains couplets et certaines rimes faciles… Mais putain que cela fait du bien de la vérité dans ce monde photoshopé, autotunisé ! musicalement c’est une tuerie j’adore… pour les chansons, sortent du lot Pinpon, Lolita,j’aime rien, Mes copains, ça va gueuler et le petit crabe et la langoustine !
Parc Montsouris est par contre la réelle faiblesse de l’album !
« Laisse béton » a été écrite en un quart d’heure sur l’intérieur d’un paquet de gitane et c’est cette chanson qui a ouvert la carrière de Renaud. Parfois les chansons sortent spontanément. Parfois leur accouchement prend des mois voire des années. Renaud a souvent eu ces fulgurances qui lui permettaient d écrire des textes très rapidement. Il me semble bien que « Mistral gagnant » fait partie de ceux là. Alors cessons de juger de la qualité d ‘un texte sur le temps qu’il a fallu pour l’écrire et cessons de comparer Brassens aux autres chanteurs. Brassens était incomparable.
Renaud a toujours écrit ses chansons très vite : tu as raison, Bruno. Là n’est pas le problème ; si ses chansons ont baissé en qualité ce n’est pas pour cette raison-là. Chaque auteur a sa façon d’écrire, ça ne sert à rien de comparer : les uns ont la plume très agile et pondent de nombreuses oeuvres en peu de temps; d’autres (Perret, Cabrel…) prennent leur temps… Pour en revenir à Brassens, ça a été dit et redit, il avait encouragé Renaud avec ces mots : vos chansons sont merveilleusement bien construites ». « Laisse Béton » que tu évoques en est un parfait exemple. Et quelle imagination, le Renaud des cinq, six premiers albums !
Même si le livre a l’air joliment illustré, pour vos enfants, si vous voulez du Renaud, je vous conseille plus tôt deux livres-CD écrits et dits par Renaud, Le petit oiseau qui chantait faux (2005), illustré par Serge Bloch et par l’argentin Gérard Lo Monaco, musique d’Eduardo Makaroff, autre argentin, les deux ayant fondé le label Mañana. Ou La petite vague qui avait le mal de mer (2006), par les mêmes, avec le musicien Paul Lazar. C’est poétique, bien raconté. Parus chez Naïve, non réédités mais on en trouve d’occasion.
Quel contraste entre l’écriture enjouée de Vincent Capraro (j’aurais pu écrire ton article, Vincent) et la plume trempée dans le curare de Michel Kemper (je comprends la douleur d’un fan ou ex-fan du « Chanteur énervant » qui voit, au fur et à mesure des albums, des concerts, ce mec si lumineux peu à peu s’éteindre, raviver sa flamme un peu, se « ré-éteindre », etc (ad libitum)… A ce train-là, le « ad lib » risque de freiner des quatre fers dans un délai très court…
Comme le chantait naguère un chanteur nommé Manu Lods dans « Icare », dédié à l’idole, « J’ai peur d’entendre à la radio, ton nom, Renaud… »