Romain Humeau, un mousquetaire en Galène
Tournée Mousquetaire #1, Le Poste à Galène à Marseille, 11 novembre 2016,
Si je vous dis qu’à la fin de l’envoi il touche, cela vous paraîtra un peu facile… d’autant plus qu’il touche dès le début de l’en-voix… de l’Eternité de l’instant : « Réagir à l’éternité, à l’instant / Serti dans un écrin en peau de chagrin »
Ne reculant devant aucun sacrifice pour satisfaire la curiosité insatiable (si, si) de nos enlecteurs, je me suis propulsée dans mon automobile (à Marseille, les transports en commun, la nuit, il ne faut pas rêver !) par une noire nuit de novembre dans les quartiers les plus underground du lieu, cœur ancien de la ville populaire au bon sens du terme, où créateurs, musiciens, brocanteurs, maraîchers se disputent les places, rues, fontaines et les façades tapissées de tags et de graffs.
Pour vous dire, à Marseille à l’ère du numérique on a encore des Postes à Galène. Pas d’inquiétude, cette salle est largement équipée pour satisfaire tous les amateurs de musique amplifiée qu’elle soit rock, soul, jazz, reggae, world, hip-hop ou électro… et même chanson. La salle chaleureuse, où la bière coule à flot si l’on veut, est donnée pour un petit 300 places (debout, pas en long), vous aurez donc chaud, prévoyez de vous habiller en conséquence; pas d’inquiétude, il y a un vestiaire. Le public est jeune mais vous y trouverez quand même quelques cheveux patinés de vieux rockers, des gens dans la force de l’âge, même un enfant. Je soupçonne cependant qu’il était de la famille du ou des musiciens, ou de l’équipe du lieu, dont je ne dévoilerai pas la vie privée.
Pas de bougies non plus, l’éclairage est très habilement dirigé sur les artistes pour en dessiner les contours les plus éloquents, on ne vous aveuglera pas ici avec des phares blancs. Et bonheur, malgré un son très rock, l’acoustique est bonne, la voix audible parmi les instruments : la salle dispose d’un limiteur sonore. Après une demi-heure d’attente où je me suis demandée ce que je venais faire dans cette galène, Romain est arrivé pour son concert solo. Je vous explique : en fait, en solo dans ce lieu, il est quand même accompagné par Estelle Humeau au clavier, dont les talents sont illimités (on la connaît à la basse, à la flûte, au mélodica, il y en a même qui disent qu’ils l’ont vu jouer dans des concerts baroques à la contrebasse et à la flûte traversière) ; par Nicolas Bonnière aux guitares, électrique et acoustique (comme Romain), au faux airs sages d’un Yves Saint-Laurent aux cheveux longs, because les lunettes, Hugo Cechosz à la basse et Guillaume Marceau derrière Romain aux batteries et pads électro. Quoi ? Presque Eiffel et plus encore alors ? Ben oui.
Pour entendre Romain seul ou presque, il faudra attendre Struggle inside, où il lâche sa guitare pour s’accrocher des deux mains au micro, plein d’empathie pour ce proche, ce prochain « Je t’imagine déjà quand s’abattront les pluies diluviennes / Ton ego pleure-misère pour des bouches vassales pleines d’hymnes au Roi / Du « Et moi, et moi » » Ce combat intérieur, tempête sous un crâne qu’on a tous un jour ou l’autre sous les nuages de la vie, exprimé tour à tour en français, en anglais. Pas pour faire comme Noir Désir, avec lesquels il a collaboré, mais simplement pour l’amour de tous ces musiciens tant écoutés, qui l’habitent, de Bowie, Iggy Pop ou les Beatles, à ceux moins connus qu’il affectionne particulièrement, Ray Davis des Kinks, Damon Albarn de Blur et Gorillaz (dont il interprétera Last living souls, dans une version beaucoup plus organique), Andy Partridge d’XTC.
Parce que Romain n’aime pas choisir, il veut tout, le baroque (son père était facteur de clavecin), le rock, le pop-rock, la poésie et la chanson, comme déjà en 2005 dans ce Toi mélodique et doux qu’il nous interprète à la guitare : « Toi qui n’es jamais la même / Dans un va-et-vient on s’aime / Aux abords d’un fleuve en crue / Sonder nos abyssales, j’aime ». Tout en français, en tendresse, celle-là, quelle femme n’a pas rêvé d’entendre ça ? Enchaînée immédiatement avec une nouvelle chanson, Loveless, en français, en anglais, dans ce rythme si typique d’Humeau qui fait battre le cœur et le corps.
Rythme qu’au long du concert on retrouve dans Ce soir les gens, accompagnant une critique sociale poétique , dans une forme hardie « J’usine…/ Pour les sunlights de Sodome / Ouvriers, ouvrières dans la ruche infernale », ou dans Paris : « Et dans le smog, hipsters et banques / Après leurs queues, courent / Paris, palanquin des larmes /J’t'aime bien toujours » qu’on aime comme une femme de mauvaise vie. Et qui culmine dans Amour sous les deux mains d’Estelle battant en percussion le piano.
Tout au long du concert, ce sont morceaux alternant moments plus intimes ou plus rocks, guitares électriques et acoustiques (jolis échanges en « pirouettes », avec l’aide efficace d’un technicien des lieux), courts commentaires, dans un show énergique et inspiré sous les lumières rouges ou bleues. On aime la blanche serviette éponge de boxeur qu’il se passe sur la nuque, et le geste maintes fois répété de ses deux mains qui ébouriffent ses cheveux avant de les rejeter en arrière.
Cadeau de ce nouveau titre en avant-première du Mousquetaire #2, Quixote : « J’étais / Poil de Carotte contre moulins à vents / Filant / Vers d’absolues destinées », où l’on entend cavaler Rossinante. Ou celle composée le jour des attentats de Charlie. En rappel, à la demande du public, la plébiscitée Beauté du diable.
Actuellement en tournée. Le site de Romain Humeau, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.
Struggle inside, en français, en anglais :
https://www.youtube.com/watch?v=uwqUZcCDLic